Welcome to Canada

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Welcome-to-CanadaNon, je ne me suis pas exilée suite à l’élection de Chirac (quoique…), j’ai juste trouvé un Canadien – c’est le genre de chose qui arrive plus souvent qu’on le croit. Et je me retrouve à vivre de l’autre côté de la flaque depuis presque 4 ans.

Ce n’est qu’assez récemment que j’ai eu envie de me poser quelque part, car nous avons passé beaucoup de temps sur la route à voyager ces dernières années. Nous avons choisi le Canada – au moins, l’un d’entre nous y était légal !

Voici donc le récit complet de mon petit périple bureaucratique pour immigrer au Canada. Pour ceux qui n’ont rien compris à ce que j’avais fait, pour ceux que j’ai bassiné avec mes démarches, pour ceux qui m’ont vu entre mes visas à Paris…

Pour rappel, je suis Française et mon mari (oui, ca arrive à des gens très bien de se marier !) est Canadien. Le traitement du dossier d’immigration s’est fait en dehors du Canada, à l’ambassade du Canada à Paris (bien que j’aie été au Canada durant la durée totale du processus !).

Premiers pas

Début 2003, je suis rentrée au Canada le plus simplement du monde, en touriste. Avec un passeport français, pas besoin de visa : l’agent de l’immigration nous donne quasi-automatiquement un beau tampon de 6 mois de séjour, avec la condition expresse de ne pas travailler.

Je me suis donc retrouvée simple touriste… Ce qui a, mine de rien, plus de conséquences qu’on ne pourrait le penser. Oui, j’étais touriste dans le sens où je n’avais pas d’emploi, mais je vivais avec mon petit camarade, et j’étais en ce sens plus « citoyenne d’Ottawa » qu’un backpacker qui traverse le Canada.

Pas de papiers canadiens, cela signifie entre autres pas de carte de bibliothèque (car pas de preuve d’adresse), pas le droit de passer le permis de conduire (le Canada sans voiture, c’est un peu comme Paris sans métro), pas de compte en banque canadien… Ca peut paraître trivial, ce ne sont pas des choses vitales, mais à la longue, ça s’additionne.

J’ai commencé à me demander le plus sérieusement du monde comment les immigrés, en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs, arrivaient à organiser leur vie sans papiers. Prenons l’exemple des USA, où des quartiers entiers abritent des sans papiers du Mexique ou du Salvador : comment peuvent-ils vivre 5 ans, 10 ans, sur la terre américaine sans être des citoyens reconnus ?

Sans parler de travailler… Au Canada, le sésame, c’est la SIN card – SIN pour Social Insurance Number. C’est un peu l’équivalent de notre carte vitale, mais ici, c’est lié aussi aux impôts, donc on doit la présenter à chaque fois qu’on se présente pour une entrevue d’embauche. Sans carte SIN, pas de boulot, au Canada, on est très regardant là-dessus. Je ne vais pas m’étendre, mais c’est pas faute d’avoir essayé…!

En 2004, après 8 mois passés au Canada, j’ai dû rentrer en France pour passer mes examensde chinois. Entre temps, j’avais fait prolonger mon visa de visiteur, car il n’était que de 6 mois, mais cela n’avait pas été bien difficile.

J’ai passé 3 mois en France, et j’ai décidé de brûler ma dernière cartouche pour revenir au Canada : le visa vacances-travail.

Mon visa en poche, je suis revenue au Canada le 22 Novembre 2004. Oh bonheur !Dans le mois, j’ai eu ma carte SIN, ouvert mon compte en banque, trouvé un petit job et passé mon permis de conduire ! J’ai donc aujourd’hui une belle collection de papiers d’identité canadiens en tout genre, ça fait moins immigrante fraîchement débarqué.

Mon visa allait expirer un an plus tard, sans possibilité de renouvellement. C’est là que j’ai tenté le tout pour le tout et fais une demande d’immigration permanente, début 2005.

Etape n°1 – Constituer le dossier (Mars – Mai 2005)

C’est la partie qui m’a le plus pris la tête. Après, le reste du processus, c’est de l’attente !

Pour un parrainage, tout l’enjeu est de prouver que la relation entretenue entre les deux parties est réelle, que ce n’est pas un mariage de convenance. Je vous le dis tout de suite, au début, je pensais qu’on était mal barrés. Pas de factures à nos deux noms, pas de bail, pas de factures de téléphone (vive les cartes téléphoniques !), bref, je ne pensais pas pouvoir trouver les fameuses preuves indispensables. Mais en se creusant un peu la tête… J’ai fini par réunir les documents suivants :

  • La photocopies des pages de nos deux passeports portant les même tampons d’entrée et de sortie : je trouvais ça plus pratique que de devoir retrouver le talon de ses billets d’avion… Comme nous avons beaucoup voyagé ensemble (une vingtaine de pays !), cela prouve qu’on se connaît depuis un bout de temps. Cela prouve aussi que je suis venue au Canada.
  • Des photos : je n’en ai envoyé que 8, mais très étalées dans le temps. Il faut que ça se voit ! Une date sur la photo, des saisons différentes, coupes de cheveux différentes…
  • Des emails : pareil, j’ai juste envoyé un échantillon très court. Pas envie d’étaler ma correspondance… Le ton des emails était suffisamment familier pour voir qu’on était intime.
  • Deux attestations de ma famille prouvant qu’elle connaissait la nature de nos relations : no comment…!
  • La photocopie d’un reçu d’une voiture qu’on avait acheté ensemble en Nouvelle-Zélande : pas la peine de préciser que la voiture en question était une épave… Mais il y avait nos deux noms sur le papier.
  • Un tas de courrier officiel envoyé à notre adresse au Canada : carte SIN, visas etc…qui prouve qu’on a vécu ensemble.
  • Le certificat de mariage : ben oui, quand même ! Et alors, la galère pour l’obtenir… Comme on s’est marié en Ontario, il a fallu passer par Thunder Bay, la ville qui doit être sur le blizzard 9 mois sur 12, parce que vu le temps qu’ils ont mis à nous envoyer le petit papier…!


Restait plus qu’à remplir le dossier.

En ce qui concerne l’historique de mes activités, je n’ai pas hésiter à justifier mes moindres faits et gestes, en joignant photocopie des diplômes, bulletin de paie à l’appuie. Ma situation était aussi un peu bizarre vu de l’extérieur, vu qu’on a pas mal voyagé dans des pays « bizarres » (Bolivie, Salvador…) et que je suis la fac par correspondance, tout en étant au Canada. Bref, j’ai tout expliqué, je pense que ça m’a rendu service.

Pour toute la partie sur notre relations, pareil, j’en ai fait des tonnes. Une page de l’historique de notre relation, expliquée depuis le début. Je passe sur les autres parties du dossier, c’est assez simple…

Le 19 Avril 2005, je passe en même temps la visite médicale à Ottawa, dans le dispensaire derrière l’Université. J’ai dû passer 30 secondes avec le médecin…

Allez, tant qu’on souffre, autant payer les droits de la résidence… Aie, 1 500 CA$ d’un coup, ça fait mal, très mal… Mais quand on aime la feuille d’érable, on ne compte pas…

Etape n°2 – Mississauga, approbation de principe du dossier (19 Mai – 6 Juillet 2005)

Le 19 Mai 2005, nous envoyons notre dossier à Mississauga, par la poste canadienne, normale, avec un accusé de réception quand même.

Le dossier nous ait renvoyé peu après, car mon adresse n’est pas claire pour l’immigration, qui ne comprend pas si je suis au Canada ou en France. Fuck. Je coche la bonne case, dossier renvoyé.

Le 6 Juillet, j’ai finalement la réponse positive de Mississauga. Quand on fait une erreur, ou qu’un papier manque au dossier, si on le renvoie rapidement, l’agent reprend l’étude du dossier où elle en était, pas besoin de « réattendre son tour ». Le dossier est transféré à l’ambassade du Canada à Paris.

Etape n°3 – L’ambassade du Canada à Paris, le fédéral (Juillet – Octobre 2005)

C’est en fait là que va se situer ma pire attente… !

Je pensais (j’espérais) recevoir l’accusé de réception rapidement, il n’en est rien.

Mi-Septembre, à une semaine des 3 mois fatidiques (l’ambassade annonce 3 mois maximum pour l’envoi de l’accusé de réception), je vais à l’ambassade, puisque je suis revenue sur Paris. Je me demande même si mon dossier est arrivé…Bonne surprise, l’ambassade ne fait aucune difficulté pour vérifier sur l’ordinateur. Il suffit de montrer une pièce d’identité. Bon, cela ne marche que quand vous avez dépassé les délais annoncés (ou presque…)… La dame m’annonce que les dossiers de Juin sont en train d’être enregistré, et que le mien a été reçu par l’ambassade le 1er Juillet. Je devrais donc recevoir mon accusé de réception bientôt.

Effectivement, je le reçois 3 mois jour pour jour après la lettre de Mississauga, le 28 Septembre. Je suis assez déçue pour le coup, parce que ça fait trois mois de « perdus » et que la l’accusé de réception ne donne une idée que très vague des délais. Néanmoins, sur le site du CIC, mon dossier est affiché « en cours » et le résultat des examens médicaux est reçu. C’est toujours ça…

Je rentre au Canada… Adviendra ce qui pourra, j’ai encore quelques semaines sur mpn PVT, après, je ne sais pas…

Mais surprise surprise ! Dix jours après être revenue au Canada, je vérifie par habitude le site du CIC, et je vois « décision prise ». Hein ? ? ? Nous ne sommes que le 17 Octobre !

Puis 5 jours plus tard, je reçois la lettre indiquant que mon visa est prêt à être émis, chez mes parents, en France.

Je suis encore très surprise de la rapidité du traitement de mon dossier à l’ambassade du Canada à Paris. Accusé de réception le 28 septembre, « décision prise » le 17 Octobre, soit même pas trois semaines de traitement !

Je m’étais attendu à un parcours du combattant, ce n’est qu’un petite bataille que j’ai livré. Jamais je n’aurais pensé voir notre dossier traité si rapidement : 5 mois depuis l’envoi du tout à Mississauga.

Etape n°4 – Le tour du poteau, it ain’t over till it’s over (17 Novembre 2005)

J’ai fait faire à mon passeport un aller-retour outre-Atlantique, pour que ma mère puisse aller à l’ambassade à Paris faire apposer mon visa sur mon passeport. Miracle, il est revenu indemne et dans les temps…

Il ne me restait plus que la dernière étape : le tour du poteau.

Le tour du poteau est l’action de sortir du Canada pour quelques heures (voire minutes…), entrer sur le territoire des voisins du Sud, puis re-rentrer au Canada, en général sous l’oeil goguenard des douaniers. Eh oui : je dois faire valider mon visa à un poste frontière pour devenir une “landed immigrant”, bien que je sois déjà au Canada !

Le 17 Novembre, tôt le matin, nous sommes donc partis pour le poste-frontière le plus proche : Prescott, Ontario. Je suis sortie du canada sans aucune difficulté, et nous avons traversé le pont qui nous séparait des USA.

– “ Passport
– “ What is the purpose of your visit in the USA ?
– “ Er… Coming back to Canada to get my landed immigrant status ?

Dans le bureau d’immigration des USA (ou trônait un magnifique portrait de G.W Bush et une liste des “ten most wanted” avec Oussama en tête…), on m’a fait un papier de – cela ne s’invente pas – “refused alien“. Ce qui veut dire en gros que j’ai vu de la lumière, je suis rentrée, pis finalement non, j’ai préféré revenir au Canada.

Retour sur le pont, côté canadien. Il n’y a personne, normal, il est 9:00 du mat’. Quelques questions rapides, vérification de l’orthographe de mon nom, de mon adresse, et mon beau visa est barré d’un trait de crayon. Validé.

– ” What are you bringing in Canada today, mam’ ?
– ” Not much… No personnal belonging anyway.
– ” How much money do you have on you, mam’ ?
– ” Er…
$5 ?
– ” Right mam’, and wlecome to Canada. Pretty cold, eh ?

Je suis une immigrante reçue, maintenant. Je suis libre.

Retour à Ottawa. Je fais toute ma paperasse dans la matinée, Health Card, SIN Card.

Finie la galère.

Immigrer est quelque chose de difficile, tant sur le plan moral que sur le plan pratique. Les immigrés sont des gens qui choisissent de quitter leur pays pour quelqu’un ou pour un meilleur avenir, et qui en ont bavé pour arriver là ! Et là, je ne parle pas de moi, mon expérience en tant que Française est beaucoup plus aisée que pour la plupart des citoyens d’Afrique, d’Asie, ou d’Amérique Latine ! J’ai pour ces gens un profond respect. Immigrer, ce n’est pas sauter dans un avion et essayer de profiter du pays d’accueil, c’est d’abord une expérience citoyenne, parce que pour en arriver au fameux visa, tous auront dû passer par des lois drastiques et sélectives, et une longue procédure. Pensez-y la prochaine fois qu’un crétin borné viendra nous seriner l’air connu des « étrangers qui piquent le travail des Français ».

J’ai aussi du respect pour les illégaux, qui tous les jours survivent dans un pays qui doit leur paraître hostile, et qui n’en possède pas les clés. Il faut du cran pour choisir cette situation – et choisir, que dis-je, pour la plupart, ce n’est pas un choix !

Et je me suis rendue aussi compte de mon statut privilégié de Francaise – plus que jamais, devant l’immigration, nous ne sommes pas égaux.


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About Author

French woman in English Canada. World citizen, new mom, traveler, translator, writer and photographer. Looking for comrades to start a new revolution.

2 Comments

  1. Bonsoir,

    Ton blog est vraiment très intéressant,il m’inspire beaucoup. Je suis dans la situation dans laquelle tu étais il y a quelques années. Mon copain est canadien et je constitue mon dossier pour demander la résidence permanente (conjoint de fait). Ce dossier est vraiment galère, je commence a me décourager… Ton blog me redonne le moral! J’ai peur qu’ils me refusent la résidence car mon copain et moi ne sommes pas mariés ni pacsés et nous n’avons pas de compte bancaire en commun. Si tu as des bons plans je suis preneuse! Le long processus commence pour moi. Merci pour ce blog et bonne continuation.

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