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Welcome to Canada

Written by on November 10, 2006 – 10:12 pm2 Comments | 229 Read this

Welcome-to-CanadaNon, je ne me suis pas exilée suite à l’élection de Chirac (quoique…), j’ai juste trouvé un Cana­dien — c’est le genre de chose qui arrive plus sou­vent qu’on le croit. Et je me retrouve à vivre de l’autre côté de la flaque depuis presque 4 ans.

Ce n’est qu’assez récem­ment que j’ai eu envie de me poser quelque part, car nous avons passé beau­coup de temps sur la route à voy­ager ces dernières années. Nous avons choisi le Canada — au moins, l’un d’entre nous y était légal !

Voici donc le récit com­plet de mon petit périple bureau­cra­tique pour immi­grer au Canada. Pour ceux qui n’ont rien com­pris à ce que j’avais fait, pour ceux que j’ai bass­iné avec mes démarches, pour ceux qui m’ont vu entre mes visas à Paris…

Pour rap­pel, je suis Française et mon mari (oui, ca arrive à des gens très bien de se marier !) est Cana­dien. Le traite­ment du dossier d’immigration s’est fait en dehors du Canada, à l’ambassade du Canada à Paris (bien que j’aie été au Canada durant la durée totale du processus !).

Pre­miers pas

Début 2003, je suis ren­trée au Canada le plus sim­ple­ment du monde, en touriste. Avec un passe­port français, pas besoin de visa : l’agent de l’immigration nous donne quasi-automatiquement un beau tam­pon de 6 mois de séjour, avec la con­di­tion expresse de ne pas travailler.

Je me suis donc retrou­vée sim­ple touriste… Ce qui a, mine de rien, plus de con­séquences qu’on ne pour­rait le penser. Oui, j’étais touriste dans le sens où je n’avais pas d’emploi, mais je vivais avec mon petit cama­rade, et j’étais en ce sens plus « citoyenne d’Ottawa » qu’un back­packer qui tra­verse le Canada.

Pas de papiers cana­di­ens, cela sig­ni­fie entre autres pas de carte de bib­lio­thèque (car pas de preuve d’adresse), pas le droit de passer le per­mis de con­duire (le Canada sans voiture, c’est un peu comme Paris sans métro), pas de compte en banque cana­dien… Ca peut paraître triv­ial, ce ne sont pas des choses vitales, mais à la longue, ça s’additionne.

J’ai com­mencé à me deman­der le plus sérieuse­ment du monde com­ment les immi­grés, en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs, arrivaient à organ­iser leur vie sans papiers. Prenons l’exemple des USA, où des quartiers entiers abri­tent des sans papiers du Mex­ique ou du Sal­vador : com­ment peuvent-ils vivre 5 ans, 10 ans, sur la terre améri­caine sans être des citoyens reconnus ?

Sans par­ler de tra­vailler… Au Canada, le sésame, c’est la SIN card — SIN pour Social Insur­ance Num­ber. C’est un peu l’équivalent de notre carte vitale, mais ici, c’est lié aussi aux impôts, donc on doit la présen­ter à chaque fois qu’on se présente pour une entre­vue d’embauche. Sans carte SIN, pas de boulot, au Canada, on est très regar­dant là-dessus. Je ne vais pas m’étendre, mais c’est pas faute d’avoir essayé…!

En 2004, après 8 mois passés au Canada, j’ai dû ren­trer en France pour passer mes exa­m­ensde chi­nois. Entre temps, j’avais fait pro­longer mon visa de vis­i­teur, car il n’était que de 6 mois, mais cela n’avait pas été bien difficile.

J’ai passé 3 mois en France, et j’ai décidé de brûler ma dernière car­touche pour revenir au Canada : le visa vacances-travail.

Mon visa en poche, je suis rev­enue au Canada le 22 Novem­bre 2004. Oh bon­heur !Dans le mois, j’ai eu ma carte SIN, ouvert mon compte en banque, trouvé un petit job et passé mon per­mis de con­duire ! J’ai donc aujourd’hui une belle col­lec­tion de papiers d’identité cana­di­ens en tout genre, ça fait moins immi­grante fraîche­ment débarqué.

Mon visa allait expirer un an plus tard, sans pos­si­bil­ité de renou­velle­ment. C’est là que j’ai tenté le tout pour le tout et fais une demande d’immigration per­ma­nente, début 2005.

Etape n°1 – Con­stituer le dossier (Mars — Mai 2005)

C’est la par­tie qui m’a le plus pris la tête. Après, le reste du proces­sus, c’est de l’attente !

Pour un par­rainage, tout l’enjeu est de prou­ver que la rela­tion entretenue entre les deux par­ties est réelle, que ce n’est pas un mariage de con­ve­nance. Je vous le dis tout de suite, au début, je pen­sais qu’on était mal bar­rés. Pas de fac­tures à nos deux noms, pas de bail, pas de fac­tures de télé­phone (vive les cartes télé­phoniques !), bref, je ne pen­sais pas pou­voir trou­ver les fameuses preuves indis­pens­ables. Mais en se creu­sant un peu la tête… J’ai fini par réu­nir les doc­u­ments suivants :

  • La pho­to­copies des pages de nos deux passe­ports por­tant les même tam­pons d’entrée et de sor­tie : je trou­vais ça plus pra­tique que de devoir retrou­ver le talon de ses bil­lets d’avion… Comme nous avons beau­coup voy­agé ensem­ble (une ving­taine de pays !), cela prouve qu’on se con­naît depuis un bout de temps. Cela prouve aussi que je suis venue au Canada.
  • Des pho­tos : je n’en ai envoyé que 8, mais très étalées dans le temps. Il faut que ça se voit ! Une date sur la photo, des saisons dif­férentes, coupes de cheveux différentes…
  • Des emails : pareil, j’ai juste envoyé un échan­til­lon très court. Pas envie d’étaler ma cor­re­spon­dance… Le ton des emails était suff­isam­ment fam­i­lier pour voir qu’on était intime.
  • Deux attes­ta­tions de ma famille prou­vant qu’elle con­nais­sait la nature de nos rela­tions : no comment…!
  • La pho­to­copie d’un reçu d’une voiture qu’on avait acheté ensem­ble en Nouvelle-Zélande : pas la peine de pré­ciser que la voiture en ques­tion était une épave… Mais il y avait nos deux noms sur le papier.
  • Un tas de cour­rier offi­ciel envoyé à notre adresse au Canada : carte SIN, visas etc…qui prouve qu’on a vécu ensemble.
  • Le cer­ti­fi­cat de mariage : ben oui, quand même ! Et alors, la galère pour l’obtenir… Comme on s’est marié en Ontario, il a fallu passer par Thun­der Bay, la ville qui doit être sur le bliz­zard 9 mois sur 12, parce que vu le temps qu’ils ont mis à nous envoyer le petit papier…!


Restait plus qu’à rem­plir le dossier.

En ce qui con­cerne l’historique de mes activ­ités, je n’ai pas hésiter à jus­ti­fier mes moin­dres faits et gestes, en joignant pho­to­copie des diplômes, bul­letin de paie à l’appuie. Ma sit­u­a­tion était aussi un peu bizarre vu de l’extérieur, vu qu’on a pas mal voy­agé dans des pays « bizarres » (Bolivie, Sal­vador…) et que je suis la fac par cor­re­spon­dance, tout en étant au Canada. Bref, j’ai tout expliqué, je pense que ça m’a rendu service.

Pour toute la par­tie sur notre rela­tions, pareil, j’en ai fait des tonnes. Une page de l’historique de notre rela­tion, expliquée depuis le début. Je passe sur les autres par­ties du dossier, c’est assez simple…

Le 19 Avril 2005, je passe en même temps la vis­ite médi­cale à Ottawa, dans le dis­pen­saire der­rière l’Université. J’ai dû passer 30 sec­on­des avec le médecin…

Allez, tant qu’on souf­fre, autant payer les droits de la rési­dence… Aie, 1 500 CA$ d’un coup, ça fait mal, très mal… Mais quand on aime la feuille d’érable, on ne compte pas…

Etape n°2 – Mis­sis­sauga, appro­ba­tion de principe du dossier (19 Mai — 6 Juil­let 2005)

Le 19 Mai 2005, nous envoyons notre dossier à Mis­sis­sauga, par la poste cana­di­enne, nor­male, avec un accusé de récep­tion quand même.

Le dossier nous ait ren­voyé peu après, car mon adresse n’est pas claire pour l’immigration, qui ne com­prend pas si je suis au Canada ou en France. Fuck. Je coche la bonne case, dossier renvoyé.

Le 6 Juil­let, j’ai finale­ment la réponse pos­i­tive de Mis­sis­sauga. Quand on fait une erreur, ou qu’un papier manque au dossier, si on le ren­voie rapi­de­ment, l’agent reprend l’étude du dossier où elle en était, pas besoin de « réat­ten­dre son tour ». Le dossier est trans­féré à l’ambassade du Canada à Paris.

Etape n°3 – L’ambassade du Canada à Paris, le fédéral (Juil­let — Octo­bre 2005)

C’est en fait là que va se situer ma pire attente… !

Je pen­sais (j’espérais) recevoir l’accusé de récep­tion rapi­de­ment, il n’en est rien.

Mi-Septembre, à une semaine des 3 mois fatidiques (l’ambassade annonce 3 mois max­i­mum pour l’envoi de l’accusé de récep­tion), je vais à l’ambassade, puisque je suis rev­enue sur Paris. Je me demande même si mon dossier est arrivé…Bonne sur­prise, l’ambassade ne fait aucune dif­fi­culté pour véri­fier sur l’ordinateur. Il suf­fit de mon­trer une pièce d’identité. Bon, cela ne marche que quand vous avez dépassé les délais annon­cés (ou presque…)… La dame m’annonce que les dossiers de Juin sont en train d’être enreg­istré, et que le mien a été reçu par l’ambassade le 1er Juil­let. Je devrais donc recevoir mon accusé de récep­tion bientôt.

Effec­tive­ment, je le reçois 3 mois jour pour jour après la let­tre de Mis­sis­sauga, le 28 Sep­tem­bre. Je suis assez déçue pour le coup, parce que ça fait trois mois de « per­dus » et que la l’accusé de récep­tion ne donne une idée que très vague des délais. Néan­moins, sur le site du CIC, mon dossier est affiché « en cours » et le résul­tat des exa­m­ens médi­caux est reçu. C’est tou­jours ça…

Je ren­tre au Canada… Advien­dra ce qui pourra, j’ai encore quelques semaines sur mpn PVT, après, je ne sais pas…

Mais sur­prise sur­prise ! Dix jours après être rev­enue au Canada, je véri­fie par habi­tude le site du CIC, et je vois « déci­sion prise ». Hein ? ? ? Nous ne sommes que le 17 Octobre !

Puis 5 jours plus tard, je reçois la let­tre indi­quant que mon visa est prêt à être émis, chez mes par­ents, en France.

Je suis encore très sur­prise de la rapid­ité du traite­ment de mon dossier à l’ambassade du Canada à Paris. Accusé de récep­tion le 28 sep­tem­bre, « déci­sion prise » le 17 Octo­bre, soit même pas trois semaines de traitement !

Je m’étais attendu à un par­cours du com­bat­tant, ce n’est qu’un petite bataille que j’ai livré. Jamais je n’aurais pensé voir notre dossier traité si rapi­de­ment : 5 mois depuis l’envoi du tout à Mississauga.

Etape n°4 – Le tour du poteau, it ain’t over till it’s over (17 Novem­bre 2005)

J’ai fait faire à mon passe­port un aller-retour outre-Atlantique, pour que ma mère puisse aller à l’ambassade à Paris faire apposer mon visa sur mon passe­port. Mir­a­cle, il est revenu indemne et dans les temps…

Il ne me restait plus que la dernière étape : le tour du poteau.

Le tour du poteau est l’action de sor­tir du Canada pour quelques heures (voire min­utes…), entrer sur le ter­ri­toire des voisins du Sud, puis re-rentrer au Canada, en général sous l’oeil gogue­nard des douaniers. Eh oui : je dois faire valider mon visa à un poste fron­tière pour devenir une “landed immi­grant”, bien que je sois déjà au Canada !

Le 17 Novem­bre, tôt le matin, nous sommes donc par­tis pour le poste-frontière le plus proche : Prescott, Ontario. Je suis sor­tie du canada sans aucune dif­fi­culté, et nous avons tra­versé le pont qui nous séparait des USA.

- ” Pass­port
– ” What is the pur­pose of your visit in the USA ?
– ” Er… Com­ing back to Canada to get my landed immi­grant sta­tus ?

Dans le bureau d’immigration des USA (ou trô­nait un mag­nifique por­trait de G.W Bush et une liste des “ten most wanted” avec Ous­sama en tête…), on m’a fait un papier de — cela ne s’invente pas — “refused alien”. Ce qui veut dire en gros que j’ai vu de la lumière, je suis ren­trée, pis finale­ment non, j’ai préféré revenir au Canada.

Retour sur le pont, côté cana­dien. Il n’y a per­sonne, nor­mal, il est 9:00 du mat’. Quelques ques­tions rapi­des, véri­fi­ca­tion de l’orthographe de mon nom, de mon adresse, et mon beau visa est barré d’un trait de crayon. Validé.

- ” What are you bring­ing in Canada today, mam’ ?
– ” Not much… No per­son­nal belong­ing any­way.
– ” How much money do you have on you, mam’ ?
– ” Er…
$5 ?
– ” Right mam’, and wle­come to Canada. Pretty cold, eh ?

Je suis une immi­grante reçue, main­tenant. Je suis libre.

Retour à Ottawa. Je fais toute ma paperasse dans la mat­inée, Health Card, SIN Card.

Finie la galère.

Immi­grer est quelque chose de dif­fi­cile, tant sur le plan moral que sur le plan pra­tique. Les immi­grés sont des gens qui choi­sis­sent de quit­ter leur pays pour quelqu’un ou pour un meilleur avenir, et qui en ont bavé pour arriver là ! Et là, je ne parle pas de moi, mon expéri­ence en tant que Française est beau­coup plus aisée que pour la plu­part des citoyens d’Afrique, d’Asie, ou d’Amérique Latine ! J’ai pour ces gens un pro­fond respect. Immi­grer, ce n’est pas sauter dans un avion et essayer de prof­iter du pays d’accueil, c’est d’abord une expéri­ence citoyenne, parce que pour en arriver au fameux visa, tous auront dû passer par des lois dras­tiques et sélec­tives, et une longue procé­dure. Pensez-y la prochaine fois qu’un crétin borné vien­dra nous ser­iner l’air connu des « étrangers qui piquent le tra­vail des Français ».

J’ai aussi du respect pour les illé­gaux, qui tous les jours sur­vivent dans un pays qui doit leur paraître hos­tile, et qui n’en pos­sède pas les clés. Il faut du cran pour choisir cette sit­u­a­tion — et choisir, que dis-je, pour la plu­part, ce n’est pas un choix !

Et je me suis ren­due aussi compte de mon statut priv­ilégié de Fran­caise — plus que jamais, devant l’immigration, nous ne sommes pas égaux.


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2 Comments »

  • Melo says:

    Bon­soir,

    Ton blog est vrai­ment très intéressant,il m’inspire beau­coup. Je suis dans la sit­u­a­tion dans laque­lle tu étais il y a quelques années. Mon copain est cana­dien et je con­stitue mon dossier pour deman­der la rési­dence per­ma­nente (con­joint de fait). Ce dossier est vrai­ment galère, je com­mence a me décourager… Ton blog me redonne le moral! J’ai peur qu’ils me refusent la rési­dence car mon copain et moi ne sommes pas mar­iés ni pac­sés et nous n’avons pas de compte ban­caire en com­mun. Si tu as des bons plans je suis pre­neuse! Le long proces­sus com­mence pour moi. Merci pour ce blog et bonne continuation.

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